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Le commerce transfrontalier entraîne souvent des pertes d'emplois dans certains secteurs. Les gouvernements doivent faire face à ces perturbations sans renoncer aux avantages du commerce. Le mécontentement populaire vis-à-vis de la mondialisation provient de la répartition inégale des gains commerciaux et de l'oubli des travailleurs déplacés par l'intégration mondiale ou les innovations technologiques.


Ces problèmes touchent à la fois les pays riches (comme les États-Unis et le Royaume-Uni) et les économies émergentes telles que la Chine, l'Inde et le Brésil, souvent considérées comme les bénéficiaires du commerce. Sur les marchés émergents, les effets inégalitaires du commerce sont moins visibles en raison de leur forte croissance ces dernières années.


Les économistes soulignent que si le libre-échange améliore le niveau de vie global, il crée au sein de chaque pays des gagnants et des perdants. Les personnes lésées par le commerce s'opposent généralement à une libéralisation plus poussée et réclament le protectionnisme, ce qui menace les bénéfices collectifs. Lorsque les gains du commerce sont largement partagés tandis que les pertes se concentrent sur un petit groupe, les travailleurs désabusés peuvent constituer une force politique capable de remettre en cause la libéralisation commerciale.


Le commerce est-il un jeu à somme nulle ? L'intégration rapide des économies émergentes à l'économie mondiale a accru les risques de baisse des revenus et de pertes d'emplois dans les pays à haut revenu. Après la Seconde Guerre mondiale, la plupart des échanges commerciaux se déroulaient entre nations riches aux niveaux de développement comparables : ils stimulaient l'innovation, réduisaient les coûts et bénéficiaient aux consommateurs, avec des écarts de revenus et d'emplois intra-industriels limités. Depuis les années 1980, la libéralisation commerciale des pays en développement et leur adhésion à l'OMC --- qui représentent aujourd'hui 40 % des échanges mondiaux --- ont fait basculer le commerce vers des flux entre pays à hauts et bas revenus, portés par l'avantage comparatif. Ce bouleversement a généré des tensions de répartition nationales et des craintes de baisse des salaires. Ces tensions sur la répartition des fruits du commerce existent depuis l'après-guerre : les agriculteurs français s'étaient opposés à la CEE jusqu'à la mise en place de la Politique agricole commune, et les syndicats américains avaient combattu l'ALENA. Aujourd'hui, la taille de la Chine et la hausse de la productivité de sa main-d'œuvre, associées à la stagnation des revenus réels, aux suppressions d'emplois liées aux technologies et aux inégalités dans les pays riches, rendent ces tensions beaucoup plus visibles dans les économies développées. On admet généralement que le commerce améliore le bien-être des ménages des pays en développement, et la réduction de la pauvreté (notamment en Chine et en Inde) alimente l'idée fausse du jeu à somme nulle : les pays émergents gagneraient au détriment des nations développées. Or le commerce crée des gagnants et des perdants dans chaque pays. Si plus de vingt-cinq ans de recherches démontrent que le commerce n'est pas le principal moteur des inégalités, ses effets redistributifs n'en restent pas moins importants.


Variations régionales


Ce qui est plus surprenant et inquiétant, c'est que les effets du commerce international sur les revenus et l'emploi sont géographiquement concentrés et durables dans le temps. Les conséquences du commerce dépendent de l'exposition d'une région aux chocs d'importation et d'exportation. Les personnes résidant dans des régions à forte concentration d'industries exportatrices s'en sortent mieux que celles des zones peu spécialisées dans l'exportation. À l'inverse, les habitants des régions où dominent les secteurs concurrencés par les importations sont dans une situation plus défavorable que ceux des territoires moins exposés. Des recherches menées dans divers pays --- Brésil, Chine, Inde, Mexique, États-Unis et Viêt Nam --- confirment ce constat.


La théorie économique prévoit qu'à long terme, les individus migrent des régions défavorisées vers les zones à meilleure situation économique, ce qui réduit progressivement les écarts de revenus. Dans la réalité, la mobilité interrégionale des travailleurs est imparfaite. Le déménagement entraîne des coûts et peut faire perdre des protections informelles, comme l'aide et le soutien de la famille et des proches. Les rigidités sur les marchés immobiliers et des actifs productifs compliquent l'achat et la vente des biens essentiels à la subsistance et au bien-être des populations.


Les recherches montrent que les freins à la mobilité ouvrière varient selon les pays, en fonction du niveau de développement, des politiques publiques et des normes sociales. Les effets inégalitaires du commerce persistent notamment car peu de personnes quittent les régions touchées après un choc commercial majeur. Par ailleurs, les conséquences négatives de la concurrence des importations sur les revenus et l'emploi peuvent s'aggraver avec le temps. L'immobilité des travailleurs peut durer jusqu'à vingt ans après une réforme commerciale, comme l'illustre la libéralisation des importations brésilienne de 1991. Les revenus relatifs des salariés des zones affectées se dégradent progressivement, car le capital se déprécie lentement, jusqu'à entraîner la fermeture des usines.


Les conséquences négatives de la concurrence des importations sont durables et concentrées sur certains territoires; elles peuvent avoir des retombées importantes sur d'autres domaines comme la scolarité, la délinquance, la santé et l'accès aux services publics locaux. L'ensemble de ces effets creuse davantage les écarts de revenus entre régions et entraîne à long terme des inégalités de chances pour les habitants des zones touchées.À l'heure des chaînes d'approvisionnement mondiales, le libre-échange est plus essentiel que jamais. Si les gouvernements veulent conserver l'adhésion populaire au libre-échange, ils doivent accompagner les personnes privées d'emploi. Les modalités précises d'aide aux victimes de la mondialisation dépendent du contexte national : niveau de développement économique, flexibilité du marché du travail et structure des finances publiques. Mettre en place des filets de sécurité sociale coûte cher, mais les mesures protectionnistes visant à remettre en cause les échanges mondiaux risquent de causer des dommages bien plus graves. Perturber les chaînes d'approvisionnement mondiales et pénaliser les bénéficiaires du commerce ne permet pas de retrouver les emplois perdus, mais peut anéantir les acquis des secteurs en expansion.


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