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Sept mois après l'entrée en vigueur des mesures tarifaires disruptives de Donald Trump, des chercheurs et experts industriels, parmi lesquels Jamieson Greer et Michael Froman, ont analysé la manière dont ces politiques vont remodeler les cadres commerciaux mondiaux. De multiples ajustements devraient intervenir : de nouveaux schémas commerciaux pourraient compléter, voire supplanter l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Quelles que soient les transformations à venir, l'expérience accumulée par cette organisation au fil des années reste une source d'enseignements précieuse.


L'OMC peine à moderniser ses règles réglementaires en raison de son mécanisme de vote à l'unanimité. Elle n'a pas pu arbitrer les litiges issus des mesures tarifaires américaines, les États membres préférant engager des négociations bilatérales distinctes avec Washington. Les accords conclus sur cette base rompent les engagements antérieurs de l'OMC sur les plafonds tarifaires et le principe de non-discrimination entre ses membres. Nombre d'observateurs s'étonnent que les partenaires commerciaux acceptent de signer des pactes séparés avec les États-Unis. En réalité, ces démarches répondent à la même volonté d'un ordre commercial stable qui a présidé à la création de l'OMC. Dès qu'un mécanisme multilatéral efficace capable de garantir des relations commerciales pérennes verra le jour, les nations y adhéreront activement, même sans la participation américaine. Plusieurs propositions pertinentes ont déjà été présentées, notamment des plans de coopération entre l'Union européenne et l'alliance transpacifique révisée.


Cela met en lumière un principe central valable pour l'élaboration de nouveaux cadres commerciaux et la restructuration de l'OMC : tout accord commercial durable doit offrir des avantages concrets et des gains partagés à l'ensemble des parties participantes. Si cette logique paraît évidente, elle a été longtemps négligée.


Les États membres et les analystes ont longtemps exalté avec une admiration excessive le rôle de l'organisation dans l'amélioration du bien-être économique mondial, tout en considérant les arrêts rendus par son organe d'appel comme des principes immuables. Ce respect excessif a poussé l'organe d'appel à outrepasser ses compétences et à élaborer de nouvelles réglementations. Il a négligé le fait que les membres conservent une marge de manœuvre discrétionnaire dans la mise en œuvre des politiques, même lorsque les règles formelles ont une force juridique contraignante. La multiplication récente des accords bilatéraux illustre pleinement cette flexibilité d'application.


La prise en compte de cette conformité volontaire aurait pu inciter les instances à accélérer la révision des règles afin de répondre aux enjeux commerciaux contemporains. Elle permet également de comprendre que les jugements doivent reposer sur une crédibilité pratique, plutôt que sur une contrainte juridique supposant une obéissance inconditionnelle.


Un autre enseignement essentiel réside dans les failles structurelles des réglementations en vigueur. Les clauses actuelles ne permettent pas d'encadrer convenablement une intervention économique étatique massive, et l'exigence d'approbation unanime constitue un frein majeur à l'élaboration de normes actualisées. C'est pourquoi l'organisme multilatéral ne parvient pas à traiter le modèle économique chinois à dominante étatique, son expansion industrielle stratégique et les pratiques abusives de captation de propriété intellectuelle. Même lorsque les règles existantes sont théoriquement applicables à ces comportements, l'opacité des modes de fonctionnement et le recours à des instruments politiques dérivés rendent souvent le règlement des différends inopérant.


Dans ces conditions, les États membres sont inévitablement amenés à agir en dehors des cadres établis. Ils instaurent des droits d'importation élevés et des limites quantitatives incompatibles avec les normes multilatérales, afin de protéger leurs industries nationales contre les surcapacités de production chinoises dans les secteurs de l'acier, de l'aluminium et autres. Pékin a indiqué qu'il n'avait pas l'intention de modifier son mécanisme économique existant. Par conséquent, les négociateurs chargés de concevoir les futurs mécanismes commerciaux disposent de trois options concrètes : tolérer que les membres mettent en œuvre des mesures de riposte externes comme dans le système actuel ; exclure la Chine des nouveaux cadres de coopération ; ou rédiger de nouvelles clauses autorisant des réponses plus fermes et légitimes face aux interventions industrielles soutenues par l'État.


Les débats commerciaux actuels tournent principalement autour de la question de savoir si les États-Unis participeront aux futurs cadres commerciaux multilatéraux. Quel que soit le résultat final, il serait trop simpliste d'écarter les préoccupations mondiales de longue date concernant les pratiques commerciales de la Chine, car ces deux sujets ne s'excluent pas mutuellement. Un autre enseignement tiré du fonctionnement de l'OMC porte sur les restrictions commerciales justifiées par des motifs de sécurité nationale. Ce domaine met clairement en évidence le caractère flexible et non contraignant absolu du système de l'OMC. Que les règles multilatérales en vigueur reconnaissent ou non aux nations le droit d'évaluer indépendamment leurs intérêts sécuritaires et d'agir en conséquence, les États souverains conservent une pleine marge de manœuvre pour mettre en œuvre de telles politiques. Cette réalité pratique confirme la nécessité d'instaurer des mécanismes d'ajustement équilibrés, à l'instar de la proposition de réforme présentée par Washington en décembre dernier.


Par ailleurs, les discussions dominantes sur les mesures commerciales motivées par la sécurité négligent souvent un fait essentiel : l'OMC regroupe de nombreux acteurs en rivalité géopolitique. Plusieurs États membres ont mené des incursions territoriales sur des pays voisins et adopté des tactiques affirmatives pour faire valoir des revendications territoriales expansionnistes. Il est donc compréhensible que les nations aient recours à davantage d'interventions commerciales liées à la sécurité.


Même si l'OMC parvient à établir des normes unifiées pour ces instruments politiques, leur fréquence d'application ne retrouvera jamais les niveaux bas observés sous le GATT, l'ancien système antérieur à l'OMC qui ne regroupait pas la Chine ni la Russie. Tout cadre commercial alternatif se confrontera aux mêmes dilemmes, selon la composition de ses participants.


Deux enseignements majeurs concluent cette analyse. Malgré ses défauts structurels évidents, l'ensemble des règles de l'OMC constitue toujours un socle fondamental pour le bon fonctionnement stable du commerce mondial, même si des mises à jour substantielles et des règles complémentaires sont urgentes. Parallèlement, la stratégie commerciale mondiale à long terme des États-Unis reste indécise. L'incertitude persistante sur les marchés pourrait à terme entraîner des pertes économiques concrètes, tandis que les procédures juridiques sont susceptibles de remodeler les structures tarifaires actuelles. Dans ce contexte, les pays prendront probablement davantage conscience de l'intérêt des mécanismes commerciaux multilatéraux stables. Quelle que soit l'évolution du paysage commercial mondial, la quête universelle de conditions économiques stables et prévisibles orientera la restructuration à venir et dessinera le nouvel équilibre des relations commerciales internationales.